Fondamentalement, la politisation est destructrice du lien social. Elle crée des groupes, des classes, des communautés, des partis contre d’autres groupes, classes, communautés et partis qui par une lente dérive confinent à des comportements antidémocratiques.

La politisation crée des logiques simplistes, sommaires, plus faciles à faire comprendre, disons-le gober, sans recul critique, par le plus grand nombre. Quel mépris.

Qui peut prétendre rassembler toutes les idées claires, pertinentes, justes, intelligentes, alors que les autres, « ceux d’en face », ne les auraient pas, et dont les idées seraient par définition incohérentes, faibles, peu crédibles, médiocres, fausses, injustes et dépassées.
Et pourtant, c’est bien ce qui se passe, ce qui se traduit dans les échanges et dialogues quasi-autistes des responsables politiques, cédant à la politisation, qui  n’ont de cesse de se chamailler dans leur cour d’école devant les français médusés et dépités. Consternant.
La politisation encourage, exige même des attitudes, sinon des postures pavloviennes du systématiquement contre, face à l’automatiquement pour. Et s’installe alors le pire, dévastateur pour un homme ou une femme politique : on sait à l’avance ce que il ou elle va dire. En ce sens la politisation est une insulte à l’intelligence et au bon sens des français.

 

Politisation et logiques d’exclusion

La politisation crée aussi des logiques d’exclusion et d’exclusive, alors qu’en politique vraie, il est un  devoir d’écouter, rassembler, faire la place au plus grand nombre et d’être à la fois un guide et un porte-parole. Pour preuve, ceux qui aspirent aux plus hautes responsabilités politiques, sont dans l’obligation  de dépasser et transgresser les limites de leurs propres camps et d’aller chercher les appuis, les voix des voisins en politique, voire plus loin. Heureuse contrainte.

Voilà une première différence entre la politisation, terreau  servile et fécond arrosé abondamment dans les partis repliés dans leurs périmètres dont le leitmotiv nombriliste est « rejoignez nous », et la politique à qui l’on donne la possibilité d’apparaître, d’émerger et de s’exprimer par le rassemblement du plus grand nombre, par ailleurs nécessaire pour gagner. Être rassembleur exige la disqualification de tout  constat et de tout débat sectaires et captateurs.

La seconde différence est simplement sous nos yeux. La politisation est la conquête d’un espace de pouvoir à des fins personnelles et souvent à court terme alors que la politique est la recherche d’un espace de contribution à des fins collectives ayant souvent recours au long terme. Pour cela, il faut accepter, comme une seconde nature, la suprématie de l’intérêt général, c’est-à-dire les « autres » quels qu’ils soient, pour lesquels on s’engage en politique. Et pour être crédible, stable et durable, cette politique ne peut s’exonérer de la plus grande cohésion sociale possible.

 

Justice et confiance

Or cette dernière se nourrit et s’appuie pour exister et survivre sur deux valeurs terriblement difficiles à maitriser, l’une entrainant l’autre, la justice et la confiance. La justice se réhabilite, la confiance se restaure dans des lieux discrets, non médiatisés, de sauvegarde du lien social où des citoyens ne sont pas passifs, loin de se décourager, s’engagent et agissent avec ou sans moyen. C’est là que se joue aujourd’hui l’avenir de nos sociétés.
Il y a partout des femmes et des hommes qui dans la proximité, le quotidien, l’urgence, à la base prennent des initiatives et se mobilisent. Ils lancent et participent à ces transformations silencieuses qui refondent la politique au sens noble et s’affranchissent de la politisation. Leurs actions, leurs engagements ne permettent pas ou plus de les classer politiquement.

La politique, celle qui engage nos sociétés, autant nos avenirs que nos quotidiens, est bien au-delà des clivages réducteurs droite-gauche et centre ou gauche-droite et centre. N’admettons pas que la politisation ferme la porte à la politique, la déshérite, la chasse de son territoire, de sa mission  existentielle : fonder en permanence l’avenir. Retrouvons le sens profond de la politique, disqualifions la politisation. Soyons inclassables.

Par Marc Grivel, maire de Saint Cyr au Mont d’Or  |  10/06/2014, 15:01  |  646  mots

(Crédits : DR)